Météo 2025

A-5 avant 2030. Ce chiffre 5, celui de l’homme de Vitruve, de l’Humain tout court, qui signe cette deuxième décennie du troisième millénaire en fixant un horizon, pointé en 2015 par les accords de Paris, est une étoile lointaine. Pourtant, rien n’a jamais été impossible à l’Humanité, à condition de choisir ensemble le chemin.

Après 2024, l’année la plus chaude jamais mesurée à l’échelle du globe, conclue par le cyclone Chido à Mayotte, nous pourrions peut-être espérer agir plus efficacement contre le dérèglement climatique.

Encore faut-il être d’accord sur les constats initiaux ? Ce n’est pas si simple, si ce n’est pour notre jeunesse qui en a fait la démonstration lors de la COP29. Pour l’instant, si huit Français sur dix expriment un sentiment d’anxiété face au dérèglement climatique, plus d’un sur trois doute du caractère anthropique de cette situation. Pour ce tiers étal, rien de nouveau sous le soleil : la nature a ses raisons immuables que la raison humaine ignore.

Certains de bonne foi, craignent légitimement l’émergence d’ayatollahs écologistes, usant de l’inquiétude collective pour ourdir un nouvel ordre moral, édifier un totalitarisme vert. D’autres, préfèrent que rien ne change, avec des arrière-pensées moins avouables ! Il ne faut pas s’étonner de nos COP sans cap.

Alors, un petit rappel s’impose.

Selon un rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité), environ 1 million d’espèces sont menacées d’extinction, et le taux de disparition des espèces est aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. Cette perte accélérée tient directement à :

  • La destruction des habitats (déforestation, urbanisation, agriculture intensive).
  • La surexploitation des ressources (pêche, chasse, extraction minière).
  • La pollution (plastiques, produits chimiques, pesticides).
  • L’introduction d’espèces invasives perturbant les écosystèmes locaux.

Quel lien avec le réchauffement planétaire ? Les bouffées de chaleur de notre planète font tout simplement disparaître des espèces. Elles modifient les habitats des animaux. Elles réchauffent les océans, dégradent les coraux et modifient tout l’écosystème des espaces marins. Comment ? L’acidification des océans (causée par l’absorption du CO₂) détruit les récifs coralliens, habitat pour 25 % des espèces marines. Ces mêmes bouffées de chaleur accélèrent la fonte des glaces, ce qui affecte les espèces des régions polaires et pas seulement. Elles provoquent notamment des migrations nouvelles. Mais toutes les espèces ne peuvent pas s’adapter assez vite.  Sécheresses, inondations et vagues de chaleur rendent certaines régions inhabitables pour des espèces spécifiques. Elles perturbent les cycles biologiques (floraison, migration, reproduction), créant des déséquilibres dans les chaînes alimentaires.

De là, un cercle vicieux. La disparition d’espèces réduit la résilience des écosystèmes face au changement climatique. Par exemple, la perte des pollinisateurs affecte les cultures agricoles, en réduisant les rendements. La destruction des forêts réduit la capacité de la planète à absorber le CO2, aggravant l’effet de serre. L’usage intensif des terres détruit les habitats naturels et accélère l’érosion des sols, limitant leur capacité à stocker du carbone… Bref, moins d’écosystèmes c’est plus de réchauffement, qui lui-même cause davantage de pertes de biodiversité.

Reste la question fondamentale. Quel lien avec nous, les Humains ?  Les modèles climatiques permettent de simuler l’évolution des températures. Lorsqu’on inclut uniquement des facteurs naturels (variations solaires, éruptions volcaniques), les modèles ne reproduisent pas le réchauffement observé. En ajoutant les facteurs anthropiques (émissions de GES et déforestation), les simulations correspondent aux données réelles. Les analyses des carottes glaciaires, des sédiments marins et des relevés paléoclimatiques montrent que les fluctuations climatiques naturelles du passé ne sont pas comparables à la vitesse et à l’ampleur des changements observés aujourd’hui.

Depuis le début de l’ère industrielle, les concentrations de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère ont augmenté de manière exponentielle. Cette augmentation coïncide avec l’utilisation massive des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) et la déforestation à grande échelle.

Evidemment, notre petit pays même mobilisé à 100% ne réglera pas à lui tout seul ce problème mondial. Et les débats entre spécialistes distinguant  politique d’adaptation ou d’atténuation sont bien abstraits. Mais pourquoi ne pas voir là, à notre échelle, l’occasion de rafraîchir les valeurs universelles qui fondent le pacte républicain français et se trouvent quelque peu en souffrance ? Car il s’agit bien d’un combat universel ! L’exemple change le monde.

Dans quelle société voulons-nous vivre ? Un monde où à bas bruit ralentit l’espérance de vie dans les pays développés, à force de bouffer en quantité illimitée de la m… ? Un monde où les maladies liées au réchauffement se diffusent, où la pollution de l’air tue, où le manque d’eau potable menace des populations entières et provoquera des conflits, où les espaces côtiers menacent de disparaître, où les migrations massives vont bouleverser l’organisation de la vie économique et sociale, les inégalités s’accroître encore et encore.

Reconnaître l’origine anthropique de cette crise est essentiel pour agir. Si le changement climatique et la perte de biodiversité résultent de nos choix économiques, politiques et sociaux, cela signifie que des solutions doivent tous nous mobiliser. Transition énergétique, réduction de la consommation matérielle, restauration des écosystèmes : autant de pistes qui nécessitent une refonte de notre rapport à la nature, à tout et à tout autre. C’est le nouveau chemin salvateur et heureux de notre société, qui peut commencer, comme d’autres dans le passé, en France.

Ma génération est la première à comprendre l’ampleur de notre impact, malgré tant d’alertes lancées depuis le rapport Meadows en 1972, mais également la dernière à pouvoir limiter les dégâts. La crise actuelle nous invite à redéfinir notre place dans le vivant et à adopter un modèle de société durable, en harmonie avec la planète. Sans doute faut-il commencer par des choix politiques qui permettent de faire émerger des femmes et des hommes, qui ne soient pas les produits d’un système épuisé, d’égoïsmes insupportables, factotums mécaniques de partis qui n’ont d’ambition que le pouvoir ? 2025 peut être ici et maintenant une année qui initie ce type de changement. Mettez haut 2025 !

Samuel CAZENAVE

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