• Scène de théâtre de Raphaël Enthoven à Angoulême – avril 2025, « Comment l’incertitude peut devenir une opportunité. »

    Scène de théâtre de Raphaël Enthoven à Angoulême – avril 2025, « Comment l’incertitude peut devenir une opportunité. »

    Ce soir-là tout le monde l’appelait Raphaël, à la façon enamourée de Carla Bruni, devant un parterre de 600 personnes, constitué des cadres et des clients du Crédit Agricole de la Caisse régionale Charente-Périgord.

    La thèse présentée par Raphaël Enthoven était la suivante : l’incertitude est le socle de la vie. Il faudrait être con pour en douter. Pour avancer, une seule méthode : se fixer un point d’arrivée et suivre sa trajectoire. Chacun dans son quotidien, peut trouver le sien et la sienne. Quel que soit le point de départ, et les vicissitudes du chemin, nous sommes toujours le seul responsable de là où nous voilà.

    La meilleure façon de ne pas dévier, est de ne pas chercher à agir sur les choses sur lesquelles nous ne pouvons pas avoir de prise. Par exemple, se plaindre de la météorologie ! Il faut accepter ce que l’on ne peut pas changer, comme diraient les stoïciens, ou changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde, comme l’explique Descartes. Il ne reste plus qu’à s’appliquer à la tâche, comme Sisyphe roulant son rocher, avec constance et la satisfaction du beau geste, du travail bien fait, les muscles bandés.

    Le décrypteur de nos enjeux contemporains dans les médias nationaux et dans les colonnes de Franc-Tireur, nous invite à une ambition modeste et sans prix, l’apaisement. C’est un appel à la douceur de vivre, un bon moyen pour tout un chacun, dans sa petite vie anonyme, qui va passer sans qu’on sache vraiment pourquoi – je reprends les termes de Raphaël Enthoven -, de s’exonèrer de tourments inutiles. Et le calme, c’est contagieux – sauf en voiture. Cette ode à la vie heureuse et au bonheur l’amène à évoquer Etty Hillsum, jeune femme merveilleuse qui a pu constituer un îlot d’une joie intérieure et supérieure, elle sensuelle et intellectuelle juive hollandaise, se sachant condamnée par la haine nazie, dans un monde clos et sombre comme un piège dont nul ne s’échappe, le malheur, la dégradation et la mort ayant le dernier mot. J’ai senti là quand même un petit écart, une vague disproportion, un malaise. Mais tout est passé comme une lettre à La Poste.

    Cela dit, cette thèse plaide pour une perspicacité émancipatrice. Elle évoque le temps des peurs que nous traversons. Elle vise aux multiples façons d’aspirer au bien-être, d’échapper au flot glauque d’incertitudes et d’humeurs maussades, de craintes indistinctes et omniprésentes, de violences sournoises qui passent par le silence, la solitude, les réseaux sociaux, la dictature des apparences, l’optimisme coaché de l’indifférence, un conformisme protecteur étouffant, qui singe le monde en le scindant entre victimes et bourreaux, tous sous la menace de harcèlements, de maltraitances, de dépression, d’un effondrement de l’estime de soi et de tous. Tout est vrai.

    Alors, oui, Raphaël Enthoven porte un cri qui monte et nous dit : « foutez-nous la paix !» « Laissez-nous respirer du ventre ! » . C’est une philosophie du répit. C’est une prise en compte, un retrait vers soi, en même temps qu’un appel à la douceur vers les autres et espérée des autres, les médecines douces, la méditation, la psychanalyse, la sophrologie et le stoïcisme. L’incertitude est une invitation à être soi. Tout est vrai.

    Mais peut-on n’être que soi ?

    Il faut être sacrément perspicace aujourd’hui pour pouvoir distinguer ce qui dépend ou non de nous, ce sur quoi notre action n’a pas de prise et à quoi nous ne devons permettre aucune prise sur soi. D’ailleurs et c’est drôle, Raphaël Enthoven cite le climat, en se référant il me semble à un exemple cité par Descartes. En ce temps-là, on ignorait qu’un jour l’action des hommes pourrait porter de funestes conséquences. Ce qui passe dans le propos pour une anecdote, une exception, est peut-être bien au contraire l’indice d’une inadéquation de ce raisonnement aux enjeux globaux de notre monde contemporain.

    Qu’a-t ’on appris depuis plus d’un siècle, notamment avec la psychanalyse et bien avant aux XVIIè et XVIIIè siècles avec les prémisses de la pensée libérale elle-même ? L’idée que le soi, même sur son « quant à soi », ne soit pas tout à fait soi ou plus que soi. L’activité humaine ne sait pas complètement s’autoréguler, parce qu’on n’y voit pas clair sur et en soi. La voie sacrée de notre bien-être n’est ni claire, ni rectiligne, ni même à sens unique.

    Bref, postuler que nous puissions d’emblée distinguer dans le monde ce par quoi nous nous prétendrions comme maître et possesseur de soi et pas du reste, est une banale affabulation. La rationalité, si nécessaire pour que le monde ne marche pas cul par-dessus tête, n’y suffit pas. Loin s’en faut.

    La chose est d’autant plus délicate que ce monde est désormais constitué d’interconnexions aux effets complexes qui démultiplient comme jamais les effets papillons auxquels nous contribuons tous. C’est un peu ce que nous a montré la crise du COVID et c’est le principal enjeu de la crise climatique et de la sixième extinction de masse des espèces que nous, les humains, avons déclenché, chacun à sa façon, en pensant n’être pour rien dans tout ce fatras incompréhensible d’informations livrées par des scientifiques si éloignés de notre quotidien. Et beaucoup continuent de considérer qu’ils n’y sont pour rien. Eux aussi ont trouvé leur espace de paix. Mais c’est au détriment du reste de l’Humanité et des générations futures.

    Et si l’incertitude nous apprenait, non pas seulement l’adaptation, mais plutôt la déviance, la dé-coïncidence : aller voir ailleurs si J suit, avec un peu plus de curiosité et d’empathie, avec le besoin de souffrir avec ceux qui souffrent, avec un souffle spirituel, le besoin de se sentir plein du monde pour mieux le comprendre, et le comprenant mieux pour agir, trouver pleinement sa place, être ce que l’on a envie d’être avec et pas en dehors de ce monde-là, pas celui de l’Antiquité ! Si tout cela nous apprenait l’adéquation avec le monde global, une symbiose toute entière à inventer, plutôt qu’une mise à distance de ce qui gêne…

    Il y a quelque chose de paradoxal dans la démonstration de Raphaël Enthoven. En visant le bien-être, il éteint l’être de bien. Le Franc-Tireur dégomme l’inconfort. En garantissant l‘existant, il prône l’inexistence. Il est la voix du statu quo, de l’étal pour soi contre le vital pour tous.

    En somme notre philosophe dit à son auditoire trié sur le volet : regardez comme vous êtes bien, ici à Angoulême, dans ce théâtre que vous avez privatisé, vous les cadres d’une banque bien implantée dans son territoire, qui a vocation à gérer depuis toujours ce qui fait la substance de la vie. Soyez donc satisfaits et heureux et évitez de vous embarquer dans des pensées qui pourraient vriller et dérégler toute cette huileuse mécanique, l’exemple trumpiste pouvant à cet égard servir de parfait exemple du risque de dévissage.

    Aux sophistes contemporains, on comprend mieux ce que l’incertitude offre d’opportunités…

  • Colloque des proviseurs France-Chine – Jeudi 6 Février 2025

    L’occasion d’évoquer la beauté et la nécessité de l’entrelacement de nos deux hautes cultures au service de la compréhension la plus complète du monde, notamment par l’éducation au développement durable, qui intéresse les jeunesses chinoise et française.

    La manifestation, organisé par une personnalité chinoise francophile et de conviction, M. Xu Bo, réunissait des chefs d’établissements chinois et français, des sinologues, des pédagogues, des alumni, devant un public jeune sans doute essentiellement composé d’étudiants ou d’anciens étudiants franco-chinois. Elle se tenait à l’école alsacienne qui a fait depuis très longtemps le choix d’un enseignement du chinois sous la conduite du directeur de l’école Pierre de Panafieu.

    Les échanges des deux ateliers précédents ont insisté sur la nécessité de collaborations transdisciplinaires pour favoriser une véritable appropriation culturelle et l’édification de citoyens du monde, garants de la paix.

    J’ai pour ma part introduit l’atelier évoquant plus directement le déploiement des politiques linguistiques, comme Keenote Speaker. Le titre qui m’a été donné correspondait à des activités professionnelles, mais pas à ma situation actuelle, ce que j’ai pu expliquer en deux mots. Devant ce parterre d’éminents spécialistes, je me suis présenté tel que je suis : un homme passionné par l’enjeu éducatif et engagé pour l’éducation et ceux qui la déploient, plus spécialement l’éducation au développement durable, par nature transdisciplinaire et productrice des nouveaux citoyens planétaires.

    Après avoir présenté le dispositif français de déploiement de la langue et de la culture françaises dans le monde, il m’a semblé utile de rappeler que la coopération franco-Chinoise y tenait encore une place modeste, malgré les exemples brillants de collaboration donnés à cette occasion par les chefs d’établissement présents.

    Dans un contexte de domination mondiale de la « langue de service » anglaise servie par de puissants réseaux américains d’enseignement américain, un second rappel était utile : le poids équivalent du pack des locuteurs franco-chinois, en même temps le grand nombre très important d’étudiants Dans un contexte de stigmatisation par l’administration Trump des intérêts globaux chinois et français dans le monde, avec des conséquences inéluctables sur l’enseignement secondaire et supérieur, je me suis permis de relever que les deux pays disposaient de tous les moyens pour agir utilement.

    Tout repose d’abord sur l’engagement des parents, des enseignants et des chefs d’établissement, bien sûr. Mais le relai gouvernemental est nécessaire. Pour anticiper des difficultés d’inscription d’étudiants chinois aux USA et peut-être mieux coordonner l’équipe française en Chine pour y former plus de jeunes chinois au Français, en même temps qu’un déploiement plus fort de l’enseignement secondaire du chinois LV2. Je me suis permis d’insister sur l’urgence de cette démarche à valoir dès la rentrée prochaine.

    Une telle démarche pourrait viser quelques objectifs plus précis, à discuter, notamment : des quotas dans les grandes écoles et universités françaises et des moyens d’accueil organisés ; la mise en place de cessions de travaux transnationaux entre enseignants et chefs d’établissements chinois et français ; la création d’une cellule des opérateurs linguistiques français à l’étranger sous la conduite de l’AEFE ; une préférence donnée à des modèles pédagogiques et d’organisation expérimentaux et innovants qui seront plus facilement déployés par des structures privées ; la structuration et la professionnalisation du réseau des alumni ; l’expérimentation globale d’un axe systémique d’enseignement autour des enjeux systémiques de la planète, soit un projet global d’éducation au développement durable qui créé un précédent majeur et fasse sens auprès de la jeunesse, etc.

    Partout où l’on peut le faire, il faut associer la connaissance à une espérance et non pas à une volonté de domination, à la stigmatisation de telle culture, peuple, telle manière d’être, à l’heure où l’Humanité doit être pensée dans sa globalité face aux enjeux planétaires auxquels elle doit faire face.

    Samuel Cazenave

  • Météo 2025

    A-5 avant 2030. Ce chiffre 5, celui de l’homme de Vitruve, de l’Humain tout court, qui signe cette deuxième décennie du troisième millénaire en fixant un horizon, pointé en 2015 par les accords de Paris, est une étoile lointaine. Pourtant, rien n’a jamais été impossible à l’Humanité, à condition de choisir ensemble le chemin.

    Après 2024, l’année la plus chaude jamais mesurée à l’échelle du globe, conclue par le cyclone Chido à Mayotte, nous pourrions peut-être espérer agir plus efficacement contre le dérèglement climatique.

    Encore faut-il être d’accord sur les constats initiaux ? Ce n’est pas si simple, si ce n’est pour notre jeunesse qui en a fait la démonstration lors de la COP29. Pour l’instant, si huit Français sur dix expriment un sentiment d’anxiété face au dérèglement climatique, plus d’un sur trois doute du caractère anthropique de cette situation. Pour ce tiers étal, rien de nouveau sous le soleil : la nature a ses raisons immuables que la raison humaine ignore.

    Certains de bonne foi, craignent légitimement l’émergence d’ayatollahs écologistes, usant de l’inquiétude collective pour ourdir un nouvel ordre moral, édifier un totalitarisme vert. D’autres, préfèrent que rien ne change, avec des arrière-pensées moins avouables ! Il ne faut pas s’étonner de nos COP sans cap.

    Alors, un petit rappel s’impose.

    Selon un rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité), environ 1 million d’espèces sont menacées d’extinction, et le taux de disparition des espèces est aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. Cette perte accélérée tient directement à :

    • La destruction des habitats (déforestation, urbanisation, agriculture intensive).
    • La surexploitation des ressources (pêche, chasse, extraction minière).
    • La pollution (plastiques, produits chimiques, pesticides).
    • L’introduction d’espèces invasives perturbant les écosystèmes locaux.

    Quel lien avec le réchauffement planétaire ? Les bouffées de chaleur de notre planète font tout simplement disparaître des espèces. Elles modifient les habitats des animaux. Elles réchauffent les océans, dégradent les coraux et modifient tout l’écosystème des espaces marins. Comment ? L’acidification des océans (causée par l’absorption du CO₂) détruit les récifs coralliens, habitat pour 25 % des espèces marines. Ces mêmes bouffées de chaleur accélèrent la fonte des glaces, ce qui affecte les espèces des régions polaires et pas seulement. Elles provoquent notamment des migrations nouvelles. Mais toutes les espèces ne peuvent pas s’adapter assez vite.  Sécheresses, inondations et vagues de chaleur rendent certaines régions inhabitables pour des espèces spécifiques. Elles perturbent les cycles biologiques (floraison, migration, reproduction), créant des déséquilibres dans les chaînes alimentaires.

    De là, un cercle vicieux. La disparition d’espèces réduit la résilience des écosystèmes face au changement climatique. Par exemple, la perte des pollinisateurs affecte les cultures agricoles, en réduisant les rendements. La destruction des forêts réduit la capacité de la planète à absorber le CO2, aggravant l’effet de serre. L’usage intensif des terres détruit les habitats naturels et accélère l’érosion des sols, limitant leur capacité à stocker du carbone… Bref, moins d’écosystèmes c’est plus de réchauffement, qui lui-même cause davantage de pertes de biodiversité.

    Reste la question fondamentale. Quel lien avec nous, les Humains ?  Les modèles climatiques permettent de simuler l’évolution des températures. Lorsqu’on inclut uniquement des facteurs naturels (variations solaires, éruptions volcaniques), les modèles ne reproduisent pas le réchauffement observé. En ajoutant les facteurs anthropiques (émissions de GES et déforestation), les simulations correspondent aux données réelles. Les analyses des carottes glaciaires, des sédiments marins et des relevés paléoclimatiques montrent que les fluctuations climatiques naturelles du passé ne sont pas comparables à la vitesse et à l’ampleur des changements observés aujourd’hui.

    Depuis le début de l’ère industrielle, les concentrations de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère ont augmenté de manière exponentielle. Cette augmentation coïncide avec l’utilisation massive des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) et la déforestation à grande échelle.

    Evidemment, notre petit pays même mobilisé à 100% ne réglera pas à lui tout seul ce problème mondial. Et les débats entre spécialistes distinguant  politique d’adaptation ou d’atténuation sont bien abstraits. Mais pourquoi ne pas voir là, à notre échelle, l’occasion de rafraîchir les valeurs universelles qui fondent le pacte républicain français et se trouvent quelque peu en souffrance ? Car il s’agit bien d’un combat universel ! L’exemple change le monde.

    Dans quelle société voulons-nous vivre ? Un monde où à bas bruit ralentit l’espérance de vie dans les pays développés, à force de bouffer en quantité illimitée de la m… ? Un monde où les maladies liées au réchauffement se diffusent, où la pollution de l’air tue, où le manque d’eau potable menace des populations entières et provoquera des conflits, où les espaces côtiers menacent de disparaître, où les migrations massives vont bouleverser l’organisation de la vie économique et sociale, les inégalités s’accroître encore et encore.

    Reconnaître l’origine anthropique de cette crise est essentiel pour agir. Si le changement climatique et la perte de biodiversité résultent de nos choix économiques, politiques et sociaux, cela signifie que des solutions doivent tous nous mobiliser. Transition énergétique, réduction de la consommation matérielle, restauration des écosystèmes : autant de pistes qui nécessitent une refonte de notre rapport à la nature, à tout et à tout autre. C’est le nouveau chemin salvateur et heureux de notre société, qui peut commencer, comme d’autres dans le passé, en France.

    Ma génération est la première à comprendre l’ampleur de notre impact, malgré tant d’alertes lancées depuis le rapport Meadows en 1972, mais également la dernière à pouvoir limiter les dégâts. La crise actuelle nous invite à redéfinir notre place dans le vivant et à adopter un modèle de société durable, en harmonie avec la planète. Sans doute faut-il commencer par des choix politiques qui permettent de faire émerger des femmes et des hommes, qui ne soient pas les produits d’un système épuisé, d’égoïsmes insupportables, factotums mécaniques de partis qui n’ont d’ambition que le pouvoir ? 2025 peut être ici et maintenant une année qui initie ce type de changement. Mettez haut 2025 !

    Samuel CAZENAVE

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