• Interview – Jean-Pierre Raffarin et Samuel Cazenave

    Interview – Jean-Pierre Raffarin et Samuel Cazenave

    Ancien Premier Ministre de la France de 2002 à 2005, Jean-Pierre Raffarin a accepté de faire quelques pas avec nous sur Les Nouveaux Chemins. 


    Son tĂ©moignage d’Homme d’Etat est un nouveau croisement de regards sur les enjeux contemporains d’origine climatique et l’idĂ©e d’une conscience planĂ©taire. Appartenant Ă  une gĂ©nĂ©ration, qui a rĂ©alisĂ© l’essentiel de son parcours sans avoir jamais Ă©tĂ© interpellĂ©e sur ces sujets, il nous parle de sa prise de conscience, de certaines des actions – parfois stratĂ©giques comme l’introduction de la Charte de l’environnement dans notre Constitution -engagĂ©es sous son autoritĂ©, et il nous rejoint sur l’importance vitale du rĂ´le de l’Ă©ducation pour nous engager collectivement et sereinement vers un avenir souhaitable. 
    Nous le remercions de  cet Ă©change, qui nous encourage Ă  poursuivre notre dĂ©marche en lui donnant pleinement la dimension symbiotique que nous visons…

  • TERRE ET MERS : notre vie quotidienne avec l’OcĂ©an

    TERRE ET MERS : notre vie quotidienne avec l’Océan

    La conférence d’Avant la Conférence des Nations Unies sur l’Océan de juin 2025

    Cette première pour l’association a réuni près de deux cents personnes sur une friche industrielle, loin d’être aménagée pour ce type de manifestations, du moins pour le moment.

    J’ai rappelé le principe d’action des Nouveaux Chemins : partir toujours d’analyses scientifiques et faire de la transdisciplinarité, pour résumer à la serpe. Pourquoi ? Pour fournir les bons repères aux jeunes et aux moins jeunes.

    Un bon outils de cette transdisciplinarité, ce sont les ODD – objectifs de développement durable -, cette boite à clés universelles pour mieux comprendre toutes les interactions entre climat, biodiversité, océans, alimentation, solidarités, éducation, productions humaines, économique, artistique, numérique et culturelle, etc.

    Il était important d’évoquer la finalité de notre démarche, en même temps que sa méthode : la symbiose, c’est-à-dire l’association harmonieuse et créative d’éléments qui ne sont pas d’emblée censés se rencontrer et a fortiori se compléter.

    Nos trois objectifs :

    1. Contribuer à l’éducation des plus jeunes en passant par ces sujets profondément émancipateurs, en complément de ce qui est organisé dans nos établissements d’enseignement. Exercice, qui a été concrètement réalisé dans l’après-midi avec 80 élèves de deux écoles primaires avec des fresqueurs, leurs enseignants et des représentants du Rectorat et de l’inspection académique de Charente.
    2. Faciliter la compréhension de cette complexité contemporaine au plus grand nombre par des témoignages éclairants et inspirants, objectif de cette soirée
    3. Rendre possible des projets concrets qui s’inscrivent dans cette logique d’un développement non seulement durable, mais souhaitable et même désirable.
      Enfin, j’ai présenté nos deux invitées.
    Sandrine Bélier

    Sandrine BĂ©lier, une figure majeure de l’Ă©cologie politique française. Juriste spĂ©cialisĂ©e en droit de l’environnement, qui a Ă©tĂ© dĂ©putĂ©e europĂ©enne de 2009 Ă  2014, Ă©lue sous la bannière d’Europe Écologie Les Verts (EELV). Aujourd’hui et dĂ©jĂ  depuis quelques annĂ©es, elle est la directrice d’HumanitĂ© et BiodiversitĂ©, association reconnue d’utilitĂ© publique, fondĂ©e par ThĂ©odore Monod, prĂ©sidĂ©e actuellement par Bernard Chevassus-au-Louis, ancien directeur du MNHN, après qu’elle l’ait Ă©tĂ© par Hubert Reeves, dont tout le monde se souvient.

    Emmanuelle Périé-Bardout

    Emmanuelle Périé-Bardout est une exploratrice des confins et des tréfonds du monde du silence, comme disait Jacques Cousteau. Elle commence son aventure avec Jean-Louis Etienne dans les îles Clipperton, ce qui en soit est déjà comme la marque d’une qualité particulière. Elle plonge là aux côtés de celui qui deviendra son époux , Ghislain Bardout, et le partenaire de toutes les aventures sous-marines et scientifiques à venir. Ensemble, ils vont concevoir et réaliser le projet UNDER THE POLE, en plongeant d’abord pour l’exploration des régions polaires, c’est-à-dire concrètement sous les glaces polaires et en priorisant leurs recherches sur les zones mésophotiques.

    La conférence
    La fresques du climat et fresque de la renaissance
  • Interview Philippe Nicolas – Samuel Cazenave

    Interview Philippe Nicolas – Samuel Cazenave

    Philippe Nicolas est professeur des Ă©coles,docteur en sciences de l’Ă©ducation, explorateur, Ă©veilleur, bref un pĂ©dagogue extraordinaire, qui fait de l’Ă©ducation un dĂ©fi heureux au contact de paysages naturels hors norme. C’est toute l’idĂ©e de CAP GROENLAND 2024 et de bien d’autres aventures a venir. Évidemment sa dĂ©marche rencontre celle des Nouveaux Chemins, a travers des « centralitĂ©s souterraines ». Heureux de cette rencontre dont je vous propose d’Ă©couter un extrait sonore.

    Philippe Nicolas
    Samuel Cazenave

    Un petit article sur le retour d’expĂ©rience au Groenland ! Histoire de se prĂ©parer pour l’expĂ©dition en Queyras !

  • Du Lichen Ă  un modèle social symbiotique ?

    Du Lichen à un modèle social symbiotique ?

    Ce premier entretien, d’une série qu’on espère très longue, donne le sens global de tous ceux qui suivront. L’art de l’interview est à parfaire, mais la direction choisie est claire. Merci à Vincent Zonca d’avoir accepté de dérouler un tapis de lichens sur Les nouveaux chemins…

    Vincent Zonca est un diplomate et Ă©crivain français, actuellement ambassadeur de France au Canada, un poste qu’il occupe depuis 2022. Fort de son expĂ©rience dans la diplomatie, il a occupĂ© plusieurs fonctions importantes au sein du ministère des Affaires Ă©trangères, travaillant dans divers pays et institutions, et contribuant activement aux relations bilatĂ©rales entre la France et d’autres nations.

    Outre sa carrière diplomatique, Vincent Zonca est Ă©galement auteur. L’un de ses ouvrages les plus remarquĂ©s est « Lichen, un voyage aux origines du vivant ». Dans ce livre, Zonca se plonge dans l’univers fascinant du lichen, un organisme complexe formĂ© par l’association symbiotique entre un champignon et une algue ou une cyanobactĂ©rie. Ă€ travers une exploration scientifique et philosophique, il Ă©voque l’importance du lichen dans les Ă©cosystèmes et son rĂ´le crucial dans l’histoire de la vie sur Terre. Ce livre va au-delĂ  de la biologie du lichen, en abordant des questions profondes sur la nature, l’origine du vivant et la manière dont nous percevons notre environnement.

    Le travail de Vincent Zonca tĂ©moigne d’une passion pour la science, la nature et les enjeux environnementaux, tout en illustrant son approche humaniste de la diplomatie et des relations internationales. Son livre sur le lichen, tout en Ă©tant un ouvrage de vulgarisation scientifique, rĂ©vèle Ă©galement sa capacitĂ© Ă  mĂŞler rĂ©flexion intellectuelle et sensibilisation Ă  des problĂ©matiques Ă©cologiques contemporaines.

    Ainsi, Vincent Zonca allie son rĂ´le d’ambassadeur avec une rĂ©flexion profonde sur le monde naturel et ses mystères, offrant Ă  ses lecteurs une perspective enrichissante sur des sujets scientifiques souvent nĂ©gligĂ©s, tout en contribuant Ă  l’enrichissement des relations franco-canadiennes dans un contexte international.

  • « Celle qui est aussi maman »

    Ce troisième dialogue évoque le sujet du harcèlement des enfants, comme une des expressions les plus douloureuses des enjeux de notre temps. Inspiré par une série télévisée, Adolescence, ce choix offre l’occasion de rappeler que le fil d’Ariane des Nouveaux Chemins parcourt les objectifs de développement durable et se construit autour d’un dialogue constant entre les savoirs et leurs expressions possibles, notamment l’expression artistique.

    Samuel Cazenave évoque la perception initiale par sa génération des violences vécues par les enfants et sa stupéfaction en prenant conscience de l’ampleur et de la profondeur de ce phénomène d’abord comme conseiller de ministre de l’éducation et comme papa. Il insiste sur la qualité exceptionnelle des personnes rencontrées qui se sont engagées pour protéger les enfants, souvent après avoir elles-mêmes subies des sévices. Il évoque aussi les risques de biais idéologiques, notamment dans la haute administration.

    L’échange se clôt sur un constat d’échec de l’éducation nationale à définir un projet cohérent et universel en matière d’éducation à la sexualité et la nécessité de poursuivre les efforts pédagogiques réels pour autant engagés pour faire face à cette urgence du quotidien dans toutes les classes des écoles de France.

  • « Celle qui ne fait pas semblant non plus »

    Le dialogue se poursuit avec LA VOIX, comme une voix intérieure, la voix d’une femme, une voie qui oriente à travers ses questions.

    Elle revient sur Les Nouveaux Chemins, non pas cette fois pour en connaître l’origine, mais pour en identifier les horizons. La question posée est celle de la méthode. Elle se fonde sur le travail collectif, la transdisciplinarité et une forme d’idéalisme fondé sur l’analyse et l’observation. L’essentiel est de ne pas faire semblant, comme trop semblent le faire, en portant une véritable espérance.

    On parle de Romain Gary, Emile Ajar, Delphine Horvilleur, Kun Fu et David Karradine. Et le dialogue s’achève en évoquant le travail de Vincent Zonca, Samuel Cazenave souhaitant en faire « une figure de proue métaphorique » du projet conduit sur Les Nouveaux Chemins.

  • « Celle qui n’a pas la rĂ©f »

    Samuel CAZENAVE livre dans cet échange ce qui a déclenché le projet associatif Les Nouveaux Chemins. En quelques mots on comprend qu’une aspiration ancienne, qu’il évoquait dans un roman rédigé en 2018, s’est transformée en un projet au service d’une certaine idée de l’Humain et de son avenir. Le départ … part d’un « STOP » ! Et de quelques expériences au service de l’intérêt général, comme élu local et conseiller d’un ministre.

    Son parcours évoque le chemin de toute une génération, qui a appris depuis longtemps à s’adapter à tant de bouleversements et à une dégradation réelle du contrat social français et d’une espérance mondiale aujourd’hui fortement remise en cause.

    Cette singularité générationnelle fait d’elle potentiellement une passeuse
    responsable et bâtisseuse vis-à-vis des générations à venir.

  • MĂ©tĂ©o 2025

    A-5 avant 2030. Ce chiffre 5, celui de l’homme de Vitruve, de l’Humain tout court, qui signe cette deuxième décennie du troisième millénaire en fixant un horizon, pointé en 2015 par les accords de Paris, est une étoile lointaine. Pourtant, rien n’a jamais été impossible à l’Humanité, à condition de choisir ensemble le chemin.

    Après 2024, l’année la plus chaude jamais mesurée à l’échelle du globe, conclue par le cyclone Chido à Mayotte, nous pourrions peut-être espérer agir plus efficacement contre le dérèglement climatique.

    Encore faut-il ĂŞtre d’accord sur les constats initiaux ? Ce n’est pas si simple, si ce n’est pour notre jeunesse qui en a fait la dĂ©monstration lors de la COP29. Pour l’instant, si huit Français sur dix expriment un sentiment d’anxiĂ©tĂ© face au dĂ©règlement climatique, plus d’un sur trois doute du caractère anthropique de cette situation. Pour ce tiers Ă©tal, rien de nouveau sous le soleil : la nature a ses raisons immuables que la raison humaine ignore.

    Certains de bonne foi, craignent lĂ©gitimement l’émergence d’ayatollahs Ă©cologistes, usant de l’inquiĂ©tude collective pour ourdir un nouvel ordre moral, Ă©difier un totalitarisme vert. D’autres, prĂ©fèrent que rien ne change, avec des arrière-pensĂ©es moins avouables ! Il ne faut pas s’étonner de nos COP sans cap.

    Alors, un petit rappel s’impose.

    Selon un rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité), environ 1 million d’espèces sont menacées d’extinction, et le taux de disparition des espèces est aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. Cette perte accélérée tient directement à :

    • La destruction des habitats (dĂ©forestation, urbanisation, agriculture intensive).
    • La surexploitation des ressources (pĂŞche, chasse, extraction minière).
    • La pollution (plastiques, produits chimiques, pesticides).
    • L’introduction d’espèces invasives perturbant les Ă©cosystèmes locaux.

    Quel lien avec le rĂ©chauffement planĂ©taire ? Les bouffĂ©es de chaleur de notre planète font tout simplement disparaĂ®tre des espèces. Elles modifient les habitats des animaux. Elles rĂ©chauffent les ocĂ©ans, dĂ©gradent les coraux et modifient tout l’écosystème des espaces marins. Comment ? L’acidification des ocĂ©ans (causĂ©e par l’absorption du COâ‚‚) dĂ©truit les rĂ©cifs coralliens, habitat pour 25 % des espèces marines. Ces mĂŞmes bouffĂ©es de chaleur accĂ©lèrent la fonte des glaces, ce qui affecte les espèces des rĂ©gions polaires et pas seulement. Elles provoquent notamment des migrations nouvelles. Mais toutes les espèces ne peuvent pas s’adapter assez vite.  SĂ©cheresses, inondations et vagues de chaleur rendent certaines rĂ©gions inhabitables pour des espèces spĂ©cifiques. Elles perturbent les cycles biologiques (floraison, migration, reproduction), crĂ©ant des dĂ©sĂ©quilibres dans les chaĂ®nes alimentaires.

    De là, un cercle vicieux. La disparition d’espèces réduit la résilience des écosystèmes face au changement climatique. Par exemple, la perte des pollinisateurs affecte les cultures agricoles, en réduisant les rendements. La destruction des forêts réduit la capacité de la planète à absorber le CO2, aggravant l’effet de serre. L’usage intensif des terres détruit les habitats naturels et accélère l’érosion des sols, limitant leur capacité à stocker du carbone… Bref, moins d’écosystèmes c’est plus de réchauffement, qui lui-même cause davantage de pertes de biodiversité.

    Reste la question fondamentale. Quel lien avec nous, les Humains ?  Les modèles climatiques permettent de simuler l’évolution des tempĂ©ratures. Lorsqu’on inclut uniquement des facteurs naturels (variations solaires, Ă©ruptions volcaniques), les modèles ne reproduisent pas le rĂ©chauffement observĂ©. En ajoutant les facteurs anthropiques (Ă©missions de GES et dĂ©forestation), les simulations correspondent aux donnĂ©es rĂ©elles. Les analyses des carottes glaciaires, des sĂ©diments marins et des relevĂ©s palĂ©oclimatiques montrent que les fluctuations climatiques naturelles du passĂ© ne sont pas comparables Ă  la vitesse et Ă  l’ampleur des changements observĂ©s aujourd’hui.

    Depuis le début de l’ère industrielle, les concentrations de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère ont augmenté de manière exponentielle. Cette augmentation coïncide avec l’utilisation massive des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) et la déforestation à grande échelle.

    Evidemment, notre petit pays mĂŞme mobilisĂ© Ă  100% ne rĂ©glera pas Ă  lui tout seul ce problème mondial. Et les dĂ©bats entre spĂ©cialistes distinguant  politique d’adaptation ou d’attĂ©nuation sont bien abstraits. Mais pourquoi ne pas voir lĂ , Ă  notre Ă©chelle, l’occasion de rafraĂ®chir les valeurs universelles qui fondent le pacte rĂ©publicain français et se trouvent quelque peu en souffrance ? Car il s’agit bien d’un combat universel ! L’exemple change le monde.

    Dans quelle sociĂ©tĂ© voulons-nous vivre ? Un monde oĂą Ă  bas bruit ralentit l’espĂ©rance de vie dans les pays dĂ©veloppĂ©s, Ă  force de bouffer en quantitĂ© illimitĂ©e de la m… ? Un monde oĂą les maladies liĂ©es au rĂ©chauffement se diffusent, oĂą la pollution de l’air tue, oĂą le manque d’eau potable menace des populations entières et provoquera des conflits, oĂą les espaces cĂ´tiers menacent de disparaĂ®tre, oĂą les migrations massives vont bouleverser l’organisation de la vie Ă©conomique et sociale, les inĂ©galitĂ©s s’accroĂ®tre encore et encore.

    Reconnaître l’origine anthropique de cette crise est essentiel pour agir. Si le changement climatique et la perte de biodiversité résultent de nos choix économiques, politiques et sociaux, cela signifie que des solutions doivent tous nous mobiliser. Transition énergétique, réduction de la consommation matérielle, restauration des écosystèmes : autant de pistes qui nécessitent une refonte de notre rapport à la nature, à tout et à tout autre. C’est le nouveau chemin salvateur et heureux de notre société, qui peut commencer, comme d’autres dans le passé, en France.

    Ma gĂ©nĂ©ration est la première Ă  comprendre l’ampleur de notre impact, malgrĂ© tant d’alertes lancĂ©es depuis le rapport Meadows en 1972, mais Ă©galement la dernière Ă  pouvoir limiter les dĂ©gâts. La crise actuelle nous invite Ă  redĂ©finir notre place dans le vivant et Ă  adopter un modèle de sociĂ©tĂ© durable, en harmonie avec la planète. Sans doute faut-il commencer par des choix politiques qui permettent de faire Ă©merger des femmes et des hommes, qui ne soient pas les produits d’un système Ă©puisĂ©, d’égoĂŻsmes insupportables, factotums mĂ©caniques de partis qui n’ont d’ambition que le pouvoir ? 2025 peut ĂŞtre ici et maintenant une annĂ©e qui initie ce type de changement. Mettez haut 2025 !

    Samuel CAZENAVE

  • Une Ă©ducation au dĂ©veloppement durable pose la question du choix que nous avons Ă  faire d’une Ă©cole française pour le XXIe siècle

    Tribune publiée dans Le Monde – 31 août 2022

    Plus de cinquante spĂ©cialistes des questions environnementales, parmi lesquels Samuel Cazenave, Jean Jouzel, ValĂ©rie Masson-Delmotte, Serge Tisseron ou OphĂ©lie Gaillard, expliquent, dans une tribune au « Monde Â», qu’il faut rĂ©viser les attributions du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, qui ne font aucune mention Ă  l’éducation Ă  la transition Ă©cologique.

    Alors qu’Emmanuel Macron a annoncĂ©, le 16 avril, Ă  Marseille que son quinquennat Â« sera Ă©cologique ou ne sera pas Â», en affichant le projet de Â« faire de la France une grande nation Ă©cologique Â», nous, citoyennes et citoyens engagĂ©s pour l’atteinte des Objectifs du dĂ©veloppement durable (ODD) [adoptĂ©s en 2015 par les Nations unies], souscrivons Ă  ce projet et souhaitons singulièrement appeler l’attention du chef de l’Etat sur l’outil Ă©ducatif.

    La Â« Nation Ă©cologique Â» a pour prĂ©alables indispensables une Nation-Ecole et une Ecole Ă©cologique.

    Ce qui suit est l’objet d’une première dĂ©marche collective de rĂ©flexion d’acteurs de l’éducation au dĂ©veloppement durable et Ă  la transition Ă©cologique. Et nous connaissons l’intĂ©rĂŞt d’Emmanuel Macron pour l’école, qui vient d’en donner un nouveau tĂ©moignage en Sorbonne devant les recteurs, peu avant la rentrĂ©e scolaire [le 25 aoĂ»t].

    Nous sommes convaincus de la nécessité de considérer l’enseignement aux défis sans précédent lancés au genre humain comme une véritable priorité au sein des administrations publiques qui transmettent des savoirs, dans l’enseignement secondaire comme supérieur et professionnel, au titre de la formation initiale et continue.

    Obéissant à une logique de transversalité des connaissances et de continuité pédagogique, les éducations aux processus de la nature, au vivant et à un développement désirable, dont la base est d’abord scientifique, apportent des méthodes de pensée, des choix de valeurs et portent des facteurs de confiance et de bien-être, notamment par des éléments de réponse dont chacun a besoin pour cheminer librement dans toutes les dimensions de sa vie, personnelle, familiale, professionnelle, citoyenne, militante…

    La « nation Ă©cologique Â» a pour prĂ©alables indispensables une nation-Ă©cole et une Ă©cole Ă©cologique

    Elles suscitent, pour les plus jeunes, la curiosité et l’envie d’apprendre en touchant à la complexité des interactions au sein de la nature et du vivant, ainsi qu’aux ressources qu’offre l’inventivité technique.

    De multiples problématiques doivent être étudiées au cours du parcours scolaire sous différents angles, adaptés à la capacité de compréhension des élèves. C’est aussi un facteur de motivation des enseignants, qu’on peine à recruter, à former et à motiver, à partir du moment où leur liberté d’innovation est garantie et accompagnée.

    Les entrĂ©es ne manquent pas : quelle est la singularitĂ© des dĂ©fis de notre temps, sa nature, son intensitĂ©, sa variabilitĂ© et ses consĂ©quences possibles ? Que nous en dit la science ? Qu’est-ce que la biodiversitĂ© ? En quoi son Ă©rosion est-elle prĂ©occupante ? Quels sont les liens entre climat et biodiversitĂ© ? Que signifie le terme « limites planĂ©taires Â» ? Quels sont les outils d’évaluation des risques, quels paramètres et quelles ressources pour concevoir quelles solutions de vie individuelle et collective ?

    Que signifie le concept de rĂ©silience ? Quelles sont les conceptions du bien-ĂŞtre individuel et collectif et quelles en sont leurs traductions ? Quel est le contenu de la notion « One Health Â» et que signifie-t-elle dans la relation entre les ĂŞtres vivants, leur identitĂ©, les conditions de la bonne santĂ© et de la bonne alimentation ? Quelles consĂ©quences sur l’organisation des sociĂ©tĂ©s et des pays ? Quelles Ă©volutions possibles de l’exercice de la citoyennetĂ© et des principes du respect que l’étude de la complexitĂ© Ă©claire ?

    Le compte n’y est pas

    Etre capable de répondre à ces questions, c’est disposer des savoirs fondamentaux pour agir positivement et heureusement au sein du système planétaire. En vue d’une transition écologique juste, une éducation au développement durable (EDD) – terme consacré, même si, à certains égards, il demeure flou et parfois controversé – est le socle nécessaire à ces évolutions, liant savoirs académiques et apprentissages par l’expérience sensible et l’action collective.

    A ce jour, le compte n’y est pas, tout spĂ©cialement pour ce qui concerne le ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse. OĂą trouve-t-on dans la scolaritĂ© le temps des symbioses acadĂ©miques, du projet collectif ? Quels liens administratifs et organiques entre enseignement moral et civique, Ă©ducation artistique et culturelle au dĂ©veloppement durable ? Quels moyens complĂ©mentaires pour les chefs de mission acadĂ©miques et les rĂ©fĂ©rents d’établissements, tous presque bĂ©nĂ©voles ? Quelle ambition pour le dĂ©veloppement professionnel des personnels, du local au national ? Quels moyens de diffusion rĂ©elle auprès des Ă©tablissements ? Quelles mĂ©thodes pour associer universalitĂ© des savoirs et diversitĂ© des rĂ©alitĂ©s territoriales ? Quelles coordinations des partenaires du climat, de la biodiversitĂ©, des sujets d’intĂ©gritĂ© et d’intimitĂ© – discriminations, violences, harcèlement, sexualitĂ©, Ă©galitĂ© filles-garçons et genre ?

    Tout commence dès le plus jeune âge pour tous les temps de la vie, scolaires mais aussi extra et pĂ©riscolaires, et se poursuit Ă  l’âge adulte. Le champ d’action se porte donc au-delĂ  du seul ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse, et doit viser une large transversalitĂ© interministĂ©rielle. Mais il pose aussi la question du choix que nous avons collectivement Ă  faire d’une Ă©cole française pour le XXIe siècle.

    Un projet collectif

    Deux actions nationales nous semblent prioritaires pour se lancer vers de nouveaux horizons :

    – rĂ©viser les attributions du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, qui ne font aucune mention Ă  l’éducation au dĂ©veloppement durable (transition Ă©cologique) et Ă  un projet systĂ©mique en la matière ;

    – crĂ©er un secrĂ©tariat d’Etat Ă  l’éducation au dĂ©veloppement durable auprès de la première ministre. Il aurait notamment pour mission d’aider Ă  la conception et Ă  la structuration d’un projet collectif, en passant par une mobilisation large et libre, organisĂ©e par un grand tiers de confiance de l’école et concrĂ©tisĂ©e par une confĂ©rence nationale de consensus, en lien avec le conseil national de la refondation.

    Il structurerait, animerait et motiverait la grande communauté nationale des écodélégués, formidable levier d’excellence individuelle et d’engagement collectif pendant et hors des temps scolaires. A partir de là, il rénoverait, élargirait et enrichirait les démarches actuelles de labellisation des établissements en France comme à l’étranger et fixerait une véritable stratégie française de l’EDD à l’international.

    Enfin, il consoliderait les relais académiques actuels en mutualisant des délégations insuffisamment dotées, pour un déploiement effectif d’expérimentations et de nouveaux dispositifs auprès de tous les apprenants.

    En conclusion, il faut agir immédiatement et fortement pour que l’école s’ouvre à une vision planétaire des enjeux et façonne la citoyenneté du futur.

  • L’Ă©cole doit enseigner et cultiver une politique du vivant

    Tribune publiée dans Le Monde – 11 avril 2022

    La campagne présidentielle est passée à côté de la jeunesse et du défi climatique, dont l’urgence exige de revoir complètement la manière dont l’école l’aborde, estime, dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités, parmi lesquelles Jean Jouzel, Jean-Louis Etienne, Tristane Banon et Tony Parker, qui proposent un « décloisonnement radical » de l’approche des questions environnementales.

    La campagne présidentielle ne mobilise pas les jeunes, qu’ils soient en âge de voter ou non. Mais a-t-elle vraiment cherché à le faire ? Et comment aurait-elle pu, le cas échéant, y parvenir ? La tâche est complexe, face à une multiplicité de défis interdépendants qu’il incombe à la jeunesse de relever.

    L’urgence climatique et environnementale rebat toutes les cartes : les repères de la vie économique et sociale, nationale et internationale, les migrations, les modes de consommation, la citoyenneté, l’alimentation. Elle remet en question la perception du corps, la mobilité, la sexualité, les identités, les relations intergénérationnelles – d’une façon générale, les rapports à soi-même, aux autres, êtres humains comme êtres vivants.

    Le défi est, à bien des égards, vertigineux, ce que confirme le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 4 avril. Sur une planète Terre, devenue comme menaçante à force de lancer des signaux de détresse, la jeunesse exprime, comme jamais elle ne l’avait fait jusqu’à présent, des inquiétudes collectives profondes, mais aussi une attention renouvelée à l’environnement.

    Des étoiles dans les yeux

    Par où fallait-il commencer ? Comment redonner à notre jeunesse quelques étoiles dans les yeux ? Par l’école. Parce que sans elle on s’épuisera en vain à réguler des secteurs en transition, à la façon de Charlot dans Les Temps modernes, embringué dans une mécanique incontrôlable ; parce que le savoir et la pensée critiques sont les meilleurs guides face à des choix difficiles, pour éviter les fausses routes, les fantasmes, les peurs « collapsistes », les ostracismes et les violences ; parce que, comme la graphie le suggère, « écologie » commence par le mot « école ».

    Le changement sera matriciel ou ne sera pas. Il doit être éveillé et naître dans les cerveaux des bâtisseurs de l’avenir, non pas comme une série de données abstraites ou d’actes automatiques, mais comme un mode d’appréhension sensible du monde. Ce n’est là ni plus ni moins que la vocation première de l’école : apporter les bons matériaux pour l’exercice de l’esprit critique et pour l’esprit tout court. Mais appliquée à la construction d’une citoyenneté du XXIe siècle, c’est une révolution copernicienne, parce que l’école ne relie pas spontanément les acquis fondamentaux au défi fondamental.

    Nous faisons partie du vivant et, en ce sens, l’école doit enseigner la réalité et la richesse de ses relations symbiotiques. Elle doit permettre à chacun de trouver à s’insérer dans une société ouverte au monde, en dialogue avec lui. Elle doit viser à créer et à stimuler ces liens. Elle est une éducation politique en ce qu’elle est ouverte aux autres êtres vivants : elle doit enseigner et cultiver une politique du vivant !

    Ajouter aux programmes des touches d’éducation au développement durable ne suffira pas. Il faut constituer des projets globaux sollicitant tous les savoirs dans le cadre de démarches collectives, théoriques et pratiques, en classe comme en pleine nature, de la maternelle à la terminale. Autrement dit, ce qui est optionnel, insaisissable et inévaluable aujourd’hui doit devenir central et structurant. Il faut aider à l’émergence par l’école et par le débat démocratique de générations bioéclairées plutôt que biodégradées.

    Le vivier d’un engagement collectif

    Cela commence par un décloisonnement radical de l’approche des questions environnementales : celles-ci impliquent de mêler et sans hiérarchie la biologie, la physique, la chimie, la philosophie, la littérature et les arts, les sciences humaines et sociales, les mathématiques, l’éducation physique et sportive, les sciences politiques. Les savoirs sensibles, l’émerveillement et la créativité sont les premiers vecteurs de l’étude.

    Compte tenu de l’urgence, dans un premier temps, l’école n’y arrivera pas seule ! Mais elle est très entourée par la société tout entière, bienveillante et exigeante, qui attend beaucoup d’elle, depuis notamment qu’elle l’a perçue pendant la pandémie comme l’espace qui apprend, mais aussi qui protège et qui émancipe… Et de nombreuses associations, fédérations, fondations, personnalités scientifiques, littéraires, artistiques gravitent autour de l’institution scolaire pour la nourrir de leurs lumières sur tous ces sujets. Mais elles n’ont jamais la même intensité et ne rayonnent jamais partout…

    L’école peut donc devenir le vivier d’un engagement collectif sain et puissant. Pourtant, la campagne présidentielle est passée à côté de cet enjeu, qui appelle des réponses concrètes et immédiates.

    Comment faire ? En s’engageant à réaliser les quatre principes suivants simultanément et immédiatement après la constitution d’un nouveau gouvernement :

    – Décloisonner l’administration centrale de l’éducation nationale pour qu’elle se libère d’une frénésie paperassière, tiraillée sans cesse à hue et à dia par tout et tous, et pour qu’elle soit reliée à toutes les autres administrations et structures qui ont à faire avec la transmission de savoirs. Il faut désormais viser un objectif unique et universel, que résume le concept « One Health » (« une seule santé ») , c’est-à-dire une éducation de 7 à 77 ans reliant toutes les santés qui font l’équilibre du système Terre. Un enjeu européen

    – Déployer des projets durables et désirables dans chaque établissement, qui mêlent tous les savoirs dans un cadre pédagogique intégré, collectif et hebdomadaire tout au long de la scolarité, en identifiant des ressources humaines spécifiques d’aide au pilotage et à l’ouverture vers tous les partenaires de l’école, à commencer par les élèves et les parents eux-mêmes. Et ces projets seront plus directement reliés aux grands choix de politique nationale et internationale, dans le cadre des objectifs de développement durable. L’enjeu, en ce sens, doit être profondément européen : des projets reliant les jeunes de ces territoires seront au cœur du dispositif.

    – Former les jeunes aux questions environnementales en classe et en pleine nature, afin de tisser une relation durable avec la nature environnante, rurale, forestière, marine, aussi bien qu’urbaine, à la découverte des écosystèmes. Parce que l’écologie doit aussi se fonder sur l’émerveillement, sur le voir, le toucher, le sentir, ainsi que sur des professionnels spécialisés, cela impliquera de s’appuyer sur un réseau local (animateurs, associations, chercheurs, artistes, etc.), répertorié par chaque rectorat. Les actions visées ne seront pas individuelles ou ponctuelles, mais régulières, structurantes, encadrées par les établissements et par les académies, de la maternelle jusqu’au lycée. Elles doivent impliquer les parents d’élèves, et reposent sur un dialogue entre générations et entre élèves de différents niveaux.

    – Organiser le réseau des partenaires de l’école en créant une agence nationale autonome. Portée par la société civile, elle sera le grand tiers de confiance de la société française et de son école. Elle proposera un lieu de prospective, un espace de regroupement des expériences et des expertises internes et externes des éducations nationales. Elle permettra, par ces rencontres, de construire des projets pédagogiques scientifiquement solides, universellement déployés sur le territoire, visibles et évaluables. Elle se tournera régulièrement et librement vers la société française pour l’interroger sur son école et sa jeunesse.

    Tribune rédigée par Samuel Cazenave
    Liste des signataires : Laura Andrée Boyet : instructrice d’astronautes et fondatrice de PASI ; Souleymane Bachir Diagne, philosophe ; Lucie Basch, co-fondatrice de TooGoodToGo ; Tristane Banon, écrivaine et essayiste ; Mai Lan Chapiron, chanteuse et autrice ; Fadi Georges Comair, président du programme hydrologique intergouvernemental de l’Unesco ; Gilles Clément, jardinier, paysagiste, botaniste et écrivain ; Anne Defréville, autrice et illustratrice ; Philippine Dolbeau, présidente d’une agence de consulting ; Eglantine Eméyé : comédienne et animatrice télévision/radio ; Jean-Louis Etienne, médecin et explorateur, spécialiste des pôles et initiateur du projet Polar Pod ; Ophélie Gaillard, violoncelliste ; Ghada Hatem-Gantzer, médecin et présidente de la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; Eric Guilyardi, océanographe et climatologue au CNRS, ancien membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ; Jean Jouzel, climatologue ; Pierre Léna, astrophysicien, cofondateur de La Main à la pâte ; Véronique Mure, botaniste et écrivaine ; Tony Parker, ambassadeur de l’éducation pour les Jeux olympiques 2024 de Paris ; Maryline Perenet, présidente de Digit’Owl ; Claire Pétreault, présidente des Pépites vertes ; Jérôme Saltet : co-fondateur de Pay Bac ; Maurice Tchénio, président de la fondation Alpha-Omega ; Agnès Troublé, dite Agnès B, créatrice de mode ; Romain Troublé, Directeur général de la Fondation Tara Océan ; Claude Vivier Le Got, Présidente de la Federation for Education in Europe (FEDE).

Auteur/autrice : ba7jb

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