• Interview – Jean-Pierre Raffarin et Samuel Cazenave

    Interview – Jean-Pierre Raffarin et Samuel Cazenave

    Ancien Premier Ministre de la France de 2002 à 2005, Jean-Pierre Raffarin a accepté de faire quelques pas avec nous sur Les Nouveaux Chemins. 


    Son témoignage d’Homme d’Etat est un nouveau croisement de regards sur les enjeux contemporains d’origine climatique et l’idée d’une conscience planétaire. Appartenant à une génération, qui a réalisé l’essentiel de son parcours sans avoir jamais été interpellée sur ces sujets, il nous parle de sa prise de conscience, de certaines des actions – parfois stratégiques comme l’introduction de la Charte de l’environnement dans notre Constitution -engagées sous son autorité, et il nous rejoint sur l’importance vitale du rôle de l’éducation pour nous engager collectivement et sereinement vers un avenir souhaitable. 
    Nous le remercions de  cet échange, qui nous encourage à poursuivre notre démarche en lui donnant pleinement la dimension symbiotique que nous visons…

  • TERRE ET MERS : notre vie quotidienne avec l’Océan

    TERRE ET MERS : notre vie quotidienne avec l’Océan

    La conférence d’Avant la Conférence des Nations Unies sur l’Océan de juin 2025

    Cette première pour l’association a réuni près de deux cents personnes sur une friche industrielle, loin d’être aménagée pour ce type de manifestations, du moins pour le moment.

    J’ai rappelé le principe d’action des Nouveaux Chemins : partir toujours d’analyses scientifiques et faire de la transdisciplinarité, pour résumer à la serpe. Pourquoi ? Pour fournir les bons repères aux jeunes et aux moins jeunes.

    Un bon outils de cette transdisciplinarité, ce sont les ODD – objectifs de développement durable -, cette boite à clés universelles pour mieux comprendre toutes les interactions entre climat, biodiversité, océans, alimentation, solidarités, éducation, productions humaines, économique, artistique, numérique et culturelle, etc.

    Il était important d’évoquer la finalité de notre démarche, en même temps que sa méthode : la symbiose, c’est-à-dire l’association harmonieuse et créative d’éléments qui ne sont pas d’emblée censés se rencontrer et a fortiori se compléter.

    Nos trois objectifs :

    1. Contribuer à l’éducation des plus jeunes en passant par ces sujets profondément émancipateurs, en complément de ce qui est organisé dans nos établissements d’enseignement. Exercice, qui a été concrètement réalisé dans l’après-midi avec 80 élèves de deux écoles primaires avec des fresqueurs, leurs enseignants et des représentants du Rectorat et de l’inspection académique de Charente.
    2. Faciliter la compréhension de cette complexité contemporaine au plus grand nombre par des témoignages éclairants et inspirants, objectif de cette soirée
    3. Rendre possible des projets concrets qui s’inscrivent dans cette logique d’un développement non seulement durable, mais souhaitable et même désirable.
      Enfin, j’ai présenté nos deux invitées.
    Sandrine Bélier

    Sandrine Bélier, une figure majeure de l’écologie politique française. Juriste spécialisée en droit de l’environnement, qui a été députée européenne de 2009 à 2014, élue sous la bannière d’Europe Écologie Les Verts (EELV). Aujourd’hui et déjà depuis quelques années, elle est la directrice d’Humanité et Biodiversité, association reconnue d’utilité publique, fondée par Théodore Monod, présidée actuellement par Bernard Chevassus-au-Louis, ancien directeur du MNHN, après qu’elle l’ait été par Hubert Reeves, dont tout le monde se souvient.

    Emmanuelle Périé-Bardout

    Emmanuelle Périé-Bardout est une exploratrice des confins et des tréfonds du monde du silence, comme disait Jacques Cousteau. Elle commence son aventure avec Jean-Louis Etienne dans les îles Clipperton, ce qui en soit est déjà comme la marque d’une qualité particulière. Elle plonge là aux côtés de celui qui deviendra son époux , Ghislain Bardout, et le partenaire de toutes les aventures sous-marines et scientifiques à venir. Ensemble, ils vont concevoir et réaliser le projet UNDER THE POLE, en plongeant d’abord pour l’exploration des régions polaires, c’est-à-dire concrètement sous les glaces polaires et en priorisant leurs recherches sur les zones mésophotiques.

    La conférence
    La fresques du climat et fresque de la renaissance
  • Interview Philippe Nicolas – Samuel Cazenave

    Interview Philippe Nicolas – Samuel Cazenave

    Philippe Nicolas est professeur des écoles,docteur en sciences de l’éducation, explorateur, éveilleur, bref un pédagogue extraordinaire, qui fait de l’éducation un défi heureux au contact de paysages naturels hors norme. C’est toute l’idée de CAP GROENLAND 2024 et de bien d’autres aventures a venir. Évidemment sa démarche rencontre celle des Nouveaux Chemins, a travers des « centralités souterraines ». Heureux de cette rencontre dont je vous propose d’écouter un extrait sonore.

    Philippe Nicolas
    Samuel Cazenave

    Un petit article sur le retour d’expérience au Groenland ! Histoire de se préparer pour l’expédition en Queyras !

  • Du Lichen à un modèle social symbiotique ?

    Du Lichen à un modèle social symbiotique ?

    Ce premier entretien, d’une série qu’on espère très longue, donne le sens global de tous ceux qui suivront. L’art de l’interview est à parfaire, mais la direction choisie est claire. Merci à Vincent Zonca d’avoir accepté de dérouler un tapis de lichens sur Les nouveaux chemins…

    Vincent Zonca est un diplomate et écrivain français, actuellement ambassadeur de France au Canada, un poste qu’il occupe depuis 2022. Fort de son expérience dans la diplomatie, il a occupé plusieurs fonctions importantes au sein du ministère des Affaires étrangères, travaillant dans divers pays et institutions, et contribuant activement aux relations bilatérales entre la France et d’autres nations.

    Outre sa carrière diplomatique, Vincent Zonca est également auteur. L’un de ses ouvrages les plus remarqués est « Lichen, un voyage aux origines du vivant ». Dans ce livre, Zonca se plonge dans l’univers fascinant du lichen, un organisme complexe formé par l’association symbiotique entre un champignon et une algue ou une cyanobactérie. À travers une exploration scientifique et philosophique, il évoque l’importance du lichen dans les écosystèmes et son rôle crucial dans l’histoire de la vie sur Terre. Ce livre va au-delà de la biologie du lichen, en abordant des questions profondes sur la nature, l’origine du vivant et la manière dont nous percevons notre environnement.

    Le travail de Vincent Zonca témoigne d’une passion pour la science, la nature et les enjeux environnementaux, tout en illustrant son approche humaniste de la diplomatie et des relations internationales. Son livre sur le lichen, tout en étant un ouvrage de vulgarisation scientifique, révèle également sa capacité à mêler réflexion intellectuelle et sensibilisation à des problématiques écologiques contemporaines.

    Ainsi, Vincent Zonca allie son rôle d’ambassadeur avec une réflexion profonde sur le monde naturel et ses mystères, offrant à ses lecteurs une perspective enrichissante sur des sujets scientifiques souvent négligés, tout en contribuant à l’enrichissement des relations franco-canadiennes dans un contexte international.

  • « Celle qui est aussi maman »

    Ce troisième dialogue évoque le sujet du harcèlement des enfants, comme une des expressions les plus douloureuses des enjeux de notre temps. Inspiré par une série télévisée, Adolescence, ce choix offre l’occasion de rappeler que le fil d’Ariane des Nouveaux Chemins parcourt les objectifs de développement durable et se construit autour d’un dialogue constant entre les savoirs et leurs expressions possibles, notamment l’expression artistique.

    Samuel Cazenave évoque la perception initiale par sa génération des violences vécues par les enfants et sa stupéfaction en prenant conscience de l’ampleur et de la profondeur de ce phénomène d’abord comme conseiller de ministre de l’éducation et comme papa. Il insiste sur la qualité exceptionnelle des personnes rencontrées qui se sont engagées pour protéger les enfants, souvent après avoir elles-mêmes subies des sévices. Il évoque aussi les risques de biais idéologiques, notamment dans la haute administration.

    L’échange se clôt sur un constat d’échec de l’éducation nationale à définir un projet cohérent et universel en matière d’éducation à la sexualité et la nécessité de poursuivre les efforts pédagogiques réels pour autant engagés pour faire face à cette urgence du quotidien dans toutes les classes des écoles de France.

  • « Celle qui ne fait pas semblant non plus »

    Le dialogue se poursuit avec LA VOIX, comme une voix intérieure, la voix d’une femme, une voie qui oriente à travers ses questions.

    Elle revient sur Les Nouveaux Chemins, non pas cette fois pour en connaître l’origine, mais pour en identifier les horizons. La question posée est celle de la méthode. Elle se fonde sur le travail collectif, la transdisciplinarité et une forme d’idéalisme fondé sur l’analyse et l’observation. L’essentiel est de ne pas faire semblant, comme trop semblent le faire, en portant une véritable espérance.

    On parle de Romain Gary, Emile Ajar, Delphine Horvilleur, Kun Fu et David Karradine. Et le dialogue s’achève en évoquant le travail de Vincent Zonca, Samuel Cazenave souhaitant en faire « une figure de proue métaphorique » du projet conduit sur Les Nouveaux Chemins.

  • « Celle qui n’a pas la réf »

    Samuel CAZENAVE livre dans cet échange ce qui a déclenché le projet associatif Les Nouveaux Chemins. En quelques mots on comprend qu’une aspiration ancienne, qu’il évoquait dans un roman rédigé en 2018, s’est transformée en un projet au service d’une certaine idée de l’Humain et de son avenir. Le départ … part d’un « STOP » ! Et de quelques expériences au service de l’intérêt général, comme élu local et conseiller d’un ministre.

    Son parcours évoque le chemin de toute une génération, qui a appris depuis longtemps à s’adapter à tant de bouleversements et à une dégradation réelle du contrat social français et d’une espérance mondiale aujourd’hui fortement remise en cause.

    Cette singularité générationnelle fait d’elle potentiellement une passeuse
    responsable et bâtisseuse vis-à-vis des générations à venir.

  • Météo 2025

    A-5 avant 2030. Ce chiffre 5, celui de l’homme de Vitruve, de l’Humain tout court, qui signe cette deuxième décennie du troisième millénaire en fixant un horizon, pointé en 2015 par les accords de Paris, est une étoile lointaine. Pourtant, rien n’a jamais été impossible à l’Humanité, à condition de choisir ensemble le chemin.

    Après 2024, l’année la plus chaude jamais mesurée à l’échelle du globe, conclue par le cyclone Chido à Mayotte, nous pourrions peut-être espérer agir plus efficacement contre le dérèglement climatique.

    Encore faut-il être d’accord sur les constats initiaux ? Ce n’est pas si simple, si ce n’est pour notre jeunesse qui en a fait la démonstration lors de la COP29. Pour l’instant, si huit Français sur dix expriment un sentiment d’anxiété face au dérèglement climatique, plus d’un sur trois doute du caractère anthropique de cette situation. Pour ce tiers étal, rien de nouveau sous le soleil : la nature a ses raisons immuables que la raison humaine ignore.

    Certains de bonne foi, craignent légitimement l’émergence d’ayatollahs écologistes, usant de l’inquiétude collective pour ourdir un nouvel ordre moral, édifier un totalitarisme vert. D’autres, préfèrent que rien ne change, avec des arrière-pensées moins avouables ! Il ne faut pas s’étonner de nos COP sans cap.

    Alors, un petit rappel s’impose.

    Selon un rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité), environ 1 million d’espèces sont menacées d’extinction, et le taux de disparition des espèces est aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel. Cette perte accélérée tient directement à :

    • La destruction des habitats (déforestation, urbanisation, agriculture intensive).
    • La surexploitation des ressources (pêche, chasse, extraction minière).
    • La pollution (plastiques, produits chimiques, pesticides).
    • L’introduction d’espèces invasives perturbant les écosystèmes locaux.

    Quel lien avec le réchauffement planétaire ? Les bouffées de chaleur de notre planète font tout simplement disparaître des espèces. Elles modifient les habitats des animaux. Elles réchauffent les océans, dégradent les coraux et modifient tout l’écosystème des espaces marins. Comment ? L’acidification des océans (causée par l’absorption du CO₂) détruit les récifs coralliens, habitat pour 25 % des espèces marines. Ces mêmes bouffées de chaleur accélèrent la fonte des glaces, ce qui affecte les espèces des régions polaires et pas seulement. Elles provoquent notamment des migrations nouvelles. Mais toutes les espèces ne peuvent pas s’adapter assez vite.  Sécheresses, inondations et vagues de chaleur rendent certaines régions inhabitables pour des espèces spécifiques. Elles perturbent les cycles biologiques (floraison, migration, reproduction), créant des déséquilibres dans les chaînes alimentaires.

    De là, un cercle vicieux. La disparition d’espèces réduit la résilience des écosystèmes face au changement climatique. Par exemple, la perte des pollinisateurs affecte les cultures agricoles, en réduisant les rendements. La destruction des forêts réduit la capacité de la planète à absorber le CO2, aggravant l’effet de serre. L’usage intensif des terres détruit les habitats naturels et accélère l’érosion des sols, limitant leur capacité à stocker du carbone… Bref, moins d’écosystèmes c’est plus de réchauffement, qui lui-même cause davantage de pertes de biodiversité.

    Reste la question fondamentale. Quel lien avec nous, les Humains ?  Les modèles climatiques permettent de simuler l’évolution des températures. Lorsqu’on inclut uniquement des facteurs naturels (variations solaires, éruptions volcaniques), les modèles ne reproduisent pas le réchauffement observé. En ajoutant les facteurs anthropiques (émissions de GES et déforestation), les simulations correspondent aux données réelles. Les analyses des carottes glaciaires, des sédiments marins et des relevés paléoclimatiques montrent que les fluctuations climatiques naturelles du passé ne sont pas comparables à la vitesse et à l’ampleur des changements observés aujourd’hui.

    Depuis le début de l’ère industrielle, les concentrations de dioxyde de carbone (CO₂) dans l’atmosphère ont augmenté de manière exponentielle. Cette augmentation coïncide avec l’utilisation massive des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) et la déforestation à grande échelle.

    Evidemment, notre petit pays même mobilisé à 100% ne réglera pas à lui tout seul ce problème mondial. Et les débats entre spécialistes distinguant  politique d’adaptation ou d’atténuation sont bien abstraits. Mais pourquoi ne pas voir là, à notre échelle, l’occasion de rafraîchir les valeurs universelles qui fondent le pacte républicain français et se trouvent quelque peu en souffrance ? Car il s’agit bien d’un combat universel ! L’exemple change le monde.

    Dans quelle société voulons-nous vivre ? Un monde où à bas bruit ralentit l’espérance de vie dans les pays développés, à force de bouffer en quantité illimitée de la m… ? Un monde où les maladies liées au réchauffement se diffusent, où la pollution de l’air tue, où le manque d’eau potable menace des populations entières et provoquera des conflits, où les espaces côtiers menacent de disparaître, où les migrations massives vont bouleverser l’organisation de la vie économique et sociale, les inégalités s’accroître encore et encore.

    Reconnaître l’origine anthropique de cette crise est essentiel pour agir. Si le changement climatique et la perte de biodiversité résultent de nos choix économiques, politiques et sociaux, cela signifie que des solutions doivent tous nous mobiliser. Transition énergétique, réduction de la consommation matérielle, restauration des écosystèmes : autant de pistes qui nécessitent une refonte de notre rapport à la nature, à tout et à tout autre. C’est le nouveau chemin salvateur et heureux de notre société, qui peut commencer, comme d’autres dans le passé, en France.

    Ma génération est la première à comprendre l’ampleur de notre impact, malgré tant d’alertes lancées depuis le rapport Meadows en 1972, mais également la dernière à pouvoir limiter les dégâts. La crise actuelle nous invite à redéfinir notre place dans le vivant et à adopter un modèle de société durable, en harmonie avec la planète. Sans doute faut-il commencer par des choix politiques qui permettent de faire émerger des femmes et des hommes, qui ne soient pas les produits d’un système épuisé, d’égoïsmes insupportables, factotums mécaniques de partis qui n’ont d’ambition que le pouvoir ? 2025 peut être ici et maintenant une année qui initie ce type de changement. Mettez haut 2025 !

    Samuel CAZENAVE

  • Une éducation au développement durable pose la question du choix que nous avons à faire d’une école française pour le XXIe siècle

    Tribune publiée dans Le Monde – 31 août 2022

    Plus de cinquante spécialistes des questions environnementales, parmi lesquels Samuel Cazenave, Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte, Serge Tisseron ou Ophélie Gaillard, expliquent, dans une tribune au « Monde », qu’il faut réviser les attributions du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, qui ne font aucune mention à l’éducation à la transition écologique.

    Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé, le 16 avril, à Marseille que son quinquennat « sera écologique ou ne sera pas », en affichant le projet de « faire de la France une grande nation écologique », nous, citoyennes et citoyens engagés pour l’atteinte des Objectifs du développement durable (ODD) [adoptés en 2015 par les Nations unies], souscrivons à ce projet et souhaitons singulièrement appeler l’attention du chef de l’Etat sur l’outil éducatif.

    La « Nation écologique » a pour préalables indispensables une Nation-Ecole et une Ecole écologique.

    Ce qui suit est l’objet d’une première démarche collective de réflexion d’acteurs de l’éducation au développement durable et à la transition écologique. Et nous connaissons l’intérêt d’Emmanuel Macron pour l’école, qui vient d’en donner un nouveau témoignage en Sorbonne devant les recteurs, peu avant la rentrée scolaire [le 25 août].

    Nous sommes convaincus de la nécessité de considérer l’enseignement aux défis sans précédent lancés au genre humain comme une véritable priorité au sein des administrations publiques qui transmettent des savoirs, dans l’enseignement secondaire comme supérieur et professionnel, au titre de la formation initiale et continue.

    Obéissant à une logique de transversalité des connaissances et de continuité pédagogique, les éducations aux processus de la nature, au vivant et à un développement désirable, dont la base est d’abord scientifique, apportent des méthodes de pensée, des choix de valeurs et portent des facteurs de confiance et de bien-être, notamment par des éléments de réponse dont chacun a besoin pour cheminer librement dans toutes les dimensions de sa vie, personnelle, familiale, professionnelle, citoyenne, militante…

    La « nation écologique » a pour préalables indispensables une nation-école et une école écologique

    Elles suscitent, pour les plus jeunes, la curiosité et l’envie d’apprendre en touchant à la complexité des interactions au sein de la nature et du vivant, ainsi qu’aux ressources qu’offre l’inventivité technique.

    De multiples problématiques doivent être étudiées au cours du parcours scolaire sous différents angles, adaptés à la capacité de compréhension des élèves. C’est aussi un facteur de motivation des enseignants, qu’on peine à recruter, à former et à motiver, à partir du moment où leur liberté d’innovation est garantie et accompagnée.

    Les entrées ne manquent pas : quelle est la singularité des défis de notre temps, sa nature, son intensité, sa variabilité et ses conséquences possibles ? Que nous en dit la science ? Qu’est-ce que la biodiversité ? En quoi son érosion est-elle préoccupante ? Quels sont les liens entre climat et biodiversité ? Que signifie le terme « limites planétaires » ? Quels sont les outils d’évaluation des risques, quels paramètres et quelles ressources pour concevoir quelles solutions de vie individuelle et collective ?

    Que signifie le concept de résilience ? Quelles sont les conceptions du bien-être individuel et collectif et quelles en sont leurs traductions ? Quel est le contenu de la notion « One Health » et que signifie-t-elle dans la relation entre les êtres vivants, leur identité, les conditions de la bonne santé et de la bonne alimentation ? Quelles conséquences sur l’organisation des sociétés et des pays ? Quelles évolutions possibles de l’exercice de la citoyenneté et des principes du respect que l’étude de la complexité éclaire ?

    Le compte n’y est pas

    Etre capable de répondre à ces questions, c’est disposer des savoirs fondamentaux pour agir positivement et heureusement au sein du système planétaire. En vue d’une transition écologique juste, une éducation au développement durable (EDD) – terme consacré, même si, à certains égards, il demeure flou et parfois controversé – est le socle nécessaire à ces évolutions, liant savoirs académiques et apprentissages par l’expérience sensible et l’action collective.

    A ce jour, le compte n’y est pas, tout spécialement pour ce qui concerne le ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse. Où trouve-t-on dans la scolarité le temps des symbioses académiques, du projet collectif ? Quels liens administratifs et organiques entre enseignement moral et civique, éducation artistique et culturelle au développement durable ? Quels moyens complémentaires pour les chefs de mission académiques et les référents d’établissements, tous presque bénévoles ? Quelle ambition pour le développement professionnel des personnels, du local au national ? Quels moyens de diffusion réelle auprès des établissements ? Quelles méthodes pour associer universalité des savoirs et diversité des réalités territoriales ? Quelles coordinations des partenaires du climat, de la biodiversité, des sujets d’intégrité et d’intimité – discriminations, violences, harcèlement, sexualité, égalité filles-garçons et genre ?

    Tout commence dès le plus jeune âge pour tous les temps de la vie, scolaires mais aussi extra et périscolaires, et se poursuit à l’âge adulte. Le champ d’action se porte donc au-delà du seul ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse, et doit viser une large transversalité interministérielle. Mais il pose aussi la question du choix que nous avons collectivement à faire d’une école française pour le XXIe siècle.

    Un projet collectif

    Deux actions nationales nous semblent prioritaires pour se lancer vers de nouveaux horizons :

    – réviser les attributions du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, qui ne font aucune mention à l’éducation au développement durable (transition écologique) et à un projet systémique en la matière ;

    – créer un secrétariat d’Etat à l’éducation au développement durable auprès de la première ministre. Il aurait notamment pour mission d’aider à la conception et à la structuration d’un projet collectif, en passant par une mobilisation large et libre, organisée par un grand tiers de confiance de l’école et concrétisée par une conférence nationale de consensus, en lien avec le conseil national de la refondation.

    Il structurerait, animerait et motiverait la grande communauté nationale des écodélégués, formidable levier d’excellence individuelle et d’engagement collectif pendant et hors des temps scolaires. A partir de là, il rénoverait, élargirait et enrichirait les démarches actuelles de labellisation des établissements en France comme à l’étranger et fixerait une véritable stratégie française de l’EDD à l’international.

    Enfin, il consoliderait les relais académiques actuels en mutualisant des délégations insuffisamment dotées, pour un déploiement effectif d’expérimentations et de nouveaux dispositifs auprès de tous les apprenants.

    En conclusion, il faut agir immédiatement et fortement pour que l’école s’ouvre à une vision planétaire des enjeux et façonne la citoyenneté du futur.

  • L’école doit enseigner et cultiver une politique du vivant

    Tribune publiée dans Le Monde – 11 avril 2022

    La campagne présidentielle est passée à côté de la jeunesse et du défi climatique, dont l’urgence exige de revoir complètement la manière dont l’école l’aborde, estime, dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités, parmi lesquelles Jean Jouzel, Jean-Louis Etienne, Tristane Banon et Tony Parker, qui proposent un « décloisonnement radical » de l’approche des questions environnementales.

    La campagne présidentielle ne mobilise pas les jeunes, qu’ils soient en âge de voter ou non. Mais a-t-elle vraiment cherché à le faire ? Et comment aurait-elle pu, le cas échéant, y parvenir ? La tâche est complexe, face à une multiplicité de défis interdépendants qu’il incombe à la jeunesse de relever.

    L’urgence climatique et environnementale rebat toutes les cartes : les repères de la vie économique et sociale, nationale et internationale, les migrations, les modes de consommation, la citoyenneté, l’alimentation. Elle remet en question la perception du corps, la mobilité, la sexualité, les identités, les relations intergénérationnelles – d’une façon générale, les rapports à soi-même, aux autres, êtres humains comme êtres vivants.

    Le défi est, à bien des égards, vertigineux, ce que confirme le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 4 avril. Sur une planète Terre, devenue comme menaçante à force de lancer des signaux de détresse, la jeunesse exprime, comme jamais elle ne l’avait fait jusqu’à présent, des inquiétudes collectives profondes, mais aussi une attention renouvelée à l’environnement.

    Des étoiles dans les yeux

    Par où fallait-il commencer ? Comment redonner à notre jeunesse quelques étoiles dans les yeux ? Par l’école. Parce que sans elle on s’épuisera en vain à réguler des secteurs en transition, à la façon de Charlot dans Les Temps modernes, embringué dans une mécanique incontrôlable ; parce que le savoir et la pensée critiques sont les meilleurs guides face à des choix difficiles, pour éviter les fausses routes, les fantasmes, les peurs « collapsistes », les ostracismes et les violences ; parce que, comme la graphie le suggère, « écologie » commence par le mot « école ».

    Le changement sera matriciel ou ne sera pas. Il doit être éveillé et naître dans les cerveaux des bâtisseurs de l’avenir, non pas comme une série de données abstraites ou d’actes automatiques, mais comme un mode d’appréhension sensible du monde. Ce n’est là ni plus ni moins que la vocation première de l’école : apporter les bons matériaux pour l’exercice de l’esprit critique et pour l’esprit tout court. Mais appliquée à la construction d’une citoyenneté du XXIe siècle, c’est une révolution copernicienne, parce que l’école ne relie pas spontanément les acquis fondamentaux au défi fondamental.

    Nous faisons partie du vivant et, en ce sens, l’école doit enseigner la réalité et la richesse de ses relations symbiotiques. Elle doit permettre à chacun de trouver à s’insérer dans une société ouverte au monde, en dialogue avec lui. Elle doit viser à créer et à stimuler ces liens. Elle est une éducation politique en ce qu’elle est ouverte aux autres êtres vivants : elle doit enseigner et cultiver une politique du vivant !

    Ajouter aux programmes des touches d’éducation au développement durable ne suffira pas. Il faut constituer des projets globaux sollicitant tous les savoirs dans le cadre de démarches collectives, théoriques et pratiques, en classe comme en pleine nature, de la maternelle à la terminale. Autrement dit, ce qui est optionnel, insaisissable et inévaluable aujourd’hui doit devenir central et structurant. Il faut aider à l’émergence par l’école et par le débat démocratique de générations bioéclairées plutôt que biodégradées.

    Le vivier d’un engagement collectif

    Cela commence par un décloisonnement radical de l’approche des questions environnementales : celles-ci impliquent de mêler et sans hiérarchie la biologie, la physique, la chimie, la philosophie, la littérature et les arts, les sciences humaines et sociales, les mathématiques, l’éducation physique et sportive, les sciences politiques. Les savoirs sensibles, l’émerveillement et la créativité sont les premiers vecteurs de l’étude.

    Compte tenu de l’urgence, dans un premier temps, l’école n’y arrivera pas seule ! Mais elle est très entourée par la société tout entière, bienveillante et exigeante, qui attend beaucoup d’elle, depuis notamment qu’elle l’a perçue pendant la pandémie comme l’espace qui apprend, mais aussi qui protège et qui émancipe… Et de nombreuses associations, fédérations, fondations, personnalités scientifiques, littéraires, artistiques gravitent autour de l’institution scolaire pour la nourrir de leurs lumières sur tous ces sujets. Mais elles n’ont jamais la même intensité et ne rayonnent jamais partout…

    L’école peut donc devenir le vivier d’un engagement collectif sain et puissant. Pourtant, la campagne présidentielle est passée à côté de cet enjeu, qui appelle des réponses concrètes et immédiates.

    Comment faire ? En s’engageant à réaliser les quatre principes suivants simultanément et immédiatement après la constitution d’un nouveau gouvernement :

    – Décloisonner l’administration centrale de l’éducation nationale pour qu’elle se libère d’une frénésie paperassière, tiraillée sans cesse à hue et à dia par tout et tous, et pour qu’elle soit reliée à toutes les autres administrations et structures qui ont à faire avec la transmission de savoirs. Il faut désormais viser un objectif unique et universel, que résume le concept « One Health » (« une seule santé ») , c’est-à-dire une éducation de 7 à 77 ans reliant toutes les santés qui font l’équilibre du système Terre. Un enjeu européen

    – Déployer des projets durables et désirables dans chaque établissement, qui mêlent tous les savoirs dans un cadre pédagogique intégré, collectif et hebdomadaire tout au long de la scolarité, en identifiant des ressources humaines spécifiques d’aide au pilotage et à l’ouverture vers tous les partenaires de l’école, à commencer par les élèves et les parents eux-mêmes. Et ces projets seront plus directement reliés aux grands choix de politique nationale et internationale, dans le cadre des objectifs de développement durable. L’enjeu, en ce sens, doit être profondément européen : des projets reliant les jeunes de ces territoires seront au cœur du dispositif.

    – Former les jeunes aux questions environnementales en classe et en pleine nature, afin de tisser une relation durable avec la nature environnante, rurale, forestière, marine, aussi bien qu’urbaine, à la découverte des écosystèmes. Parce que l’écologie doit aussi se fonder sur l’émerveillement, sur le voir, le toucher, le sentir, ainsi que sur des professionnels spécialisés, cela impliquera de s’appuyer sur un réseau local (animateurs, associations, chercheurs, artistes, etc.), répertorié par chaque rectorat. Les actions visées ne seront pas individuelles ou ponctuelles, mais régulières, structurantes, encadrées par les établissements et par les académies, de la maternelle jusqu’au lycée. Elles doivent impliquer les parents d’élèves, et reposent sur un dialogue entre générations et entre élèves de différents niveaux.

    – Organiser le réseau des partenaires de l’école en créant une agence nationale autonome. Portée par la société civile, elle sera le grand tiers de confiance de la société française et de son école. Elle proposera un lieu de prospective, un espace de regroupement des expériences et des expertises internes et externes des éducations nationales. Elle permettra, par ces rencontres, de construire des projets pédagogiques scientifiquement solides, universellement déployés sur le territoire, visibles et évaluables. Elle se tournera régulièrement et librement vers la société française pour l’interroger sur son école et sa jeunesse.

    Tribune rédigée par Samuel Cazenave
    Liste des signataires : Laura Andrée Boyet : instructrice d’astronautes et fondatrice de PASI ; Souleymane Bachir Diagne, philosophe ; Lucie Basch, co-fondatrice de TooGoodToGo ; Tristane Banon, écrivaine et essayiste ; Mai Lan Chapiron, chanteuse et autrice ; Fadi Georges Comair, président du programme hydrologique intergouvernemental de l’Unesco ; Gilles Clément, jardinier, paysagiste, botaniste et écrivain ; Anne Defréville, autrice et illustratrice ; Philippine Dolbeau, présidente d’une agence de consulting ; Eglantine Eméyé : comédienne et animatrice télévision/radio ; Jean-Louis Etienne, médecin et explorateur, spécialiste des pôles et initiateur du projet Polar Pod ; Ophélie Gaillard, violoncelliste ; Ghada Hatem-Gantzer, médecin et présidente de la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ; Eric Guilyardi, océanographe et climatologue au CNRS, ancien membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ; Jean Jouzel, climatologue ; Pierre Léna, astrophysicien, cofondateur de La Main à la pâte ; Véronique Mure, botaniste et écrivaine ; Tony Parker, ambassadeur de l’éducation pour les Jeux olympiques 2024 de Paris ; Maryline Perenet, présidente de Digit’Owl ; Claire Pétreault, présidente des Pépites vertes ; Jérôme Saltet : co-fondateur de Pay Bac ; Maurice Tchénio, président de la fondation Alpha-Omega ; Agnès Troublé, dite Agnès B, créatrice de mode ; Romain Troublé, Directeur général de la Fondation Tara Océan ; Claude Vivier Le Got, Présidente de la Federation for Education in Europe (FEDE).

Auteur/autrice : ba7jb

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